Créer une SASU offre une structure juridique souple et sécurisée pour entreprendre seul, avec une protection limitée du patrimoine personnel. Par défaut, ce statut est soumis à l’impôt sur les sociétés (IS), un cadre clair mais parfois lourd au lancement. Pourtant, peu de créateurs le savent : il est possible, sous certaines conditions strictes, d’opter pour l’impôt sur le revenu (IR).
Ce choix peut transformer la fiscalité du dirigeant durant les premières années d’activité, surtout si les résultats sont faibles ou s’il dispose d’un faible revenu personnel.
L’option à l’IR n’est pas une simple formalité. Elle modifie profondément la manière dont la société et son dirigeant sont imposés. Elle doit être prise en conscience, car elle engage pendant cinq exercices comptables complets, sans possibilité de retour en arrière.
Ce n’est ni un régime définitif ni une échappatoire fiscale, mais un levier stratégique à utiliser au bon moment.
Nous vous proposons ici une analyse complète, actualisée pour 2026, de ce dispositif. Vous y trouverez les conditions d’éligibilité, les démarches à suivre, les impacts sur la trésorerie et la rémunération, ainsi que des cas concrets illustrant quand cette option est pertinente. L’objectif est de vous permettre de décider en pleine connaissance de cause, sans jargon excessif ni promesses irréalistes.
Impôt sur les sociétés : pourquoi la SASU y est-elle soumise par défaut ?
Dès sa création, une SASU est automatiquement placée sous le régime de l’impôt sur les sociétés (IS). Ce choix découle de sa nature juridique : une société de capitaux, distincte de son dirigeant. Cela signifie que l’entreprise est considérée comme un contribuable à part entière, imposé sur ses bénéfices, indépendamment des revenus du président.
Sous ce régime, la société déclare son résultat annuel via des déclarations fiscales professionnelles et paie l’impôt au taux applicable selon son niveau de bénéfice. Le dirigeant, quant à lui, est imposé séparément sur les sommes qu’il reçoit, qu’il s’agisse d’un salaire ou de dividendes. Cette double imposition peut paraître contraignante, mais elle est logique dans une logique de séparation entre la personne morale et la personne physique.
Le principal avantage de ce système réside dans la possibilité de réinvestir les bénéfices sans être immédiatement imposé dessus. Tant que les profits restent dans la société, ils ne sont pas taxés au niveau personnel. Cela favorise la croissance interne et renforce la trésorerie.
En outre, les sociétés soumises à l’IS bénéficient d’un taux réduit de 15 % sur les premiers 42 500 € de bénéfice, sous certaines conditions de taille et de détention du capital.
Toutefois, ce régime peut devenir désavantageux au démarrage. Si l’entreprise dégage de faibles bénéfices, voire des pertes, l’impôt sur les sociétés peut peser sur la trésorerie alors que les revenus du dirigeant sont limités. C’est précisément dans ce contexte que l’option à l’impôt sur le revenu (IR) peut apparaître comme une alternative intéressante.
Qu’est-ce que l’option à l’impôt sur le revenu pour une SASU ?
L’option à l’impôt sur le revenu (IR) permet à une SASU de sortir du régime de l’IS pour adopter un régime de transparence fiscale. Concrètement, cela signifie que les bénéfices de la société ne sont plus imposés au niveau de la structure, mais directement intégrés au foyer fiscal du dirigeant. Le résultat de la SASU s’ajoute à ses autres revenus (salaires, revenus fonciers, etc.) et est imposé selon son barème progressif d’impôt sur le revenu.
Ce mécanisme ressemble à celui des entreprises individuelles ou des EURL en régime micro-fiscal, mais avec l’avantage d’un cadre juridique plus protecteur. La SASU conserve son statut de société, ce qui limite la responsabilité du dirigeant à son apport en capital, contrairement à l’entreprise individuelle où la responsabilité est illimitée.
Le dirigeant perd toutefois une certaine flexibilité en matière de rémunération. En IS, il peut choisir de se verser un salaire ou des dividendes, ou de laisser les bénéfices en société. En IR, le bénéfice est automatiquement imposé, même s’il n’est pas distribué.
En revanche, les pertes peuvent être reportées sur le revenu global du foyer, ce qui peut réduire l’impôt dû sur d’autres sources de revenus.
Ce régime est donc particulièrement adapté aux premières années d’activité, quand les bénéfices sont modérés et que le dirigeant souhaite limiter son imposition initiale. Il s’agit d’un dispositif temporaire, conçu comme un tremplin plutôt qu’une solution pérenne.
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Conditions d’éligibilité à l’option à l’impôt sur le revenu
L’option à l’IR n’est pas accessible à toutes les SASU. Elle est strictement encadrée par la loi et soumise à plusieurs conditions cumulatives. Ces critères doivent être remplis au moment où l’option est exercée, généralement dans les 30 jours suivant la création de la société.
Premièrement, la SASU doit exercer à titre principal une activité commerciale, artisanale, agricole ou libérale. Les activités financières ou de gestion de patrimoine ne sont pas éligibles. Deuxièmement, la société ne doit pas être cotée en bourse, ce qui exclut les start-ups préparant une introduction en bourse à court terme.
Un seuil de taille est également fixé : la SASU ne doit pas employer plus de 50 salariés et son chiffre d’affaires annuel ou son total de bilan doit être inférieur à 10 millions d’euros. Cette condition vise à limiter l’option aux petites et moyennes structures.
La SASU doit avoir été créée depuis moins de 5 ans, ce qui en fait un dispositif réservé aux jeunes entreprises. Enfin, les droits de vote doivent être détenus à au moins 50 % par des personnes physiques, et à au moins 34 % par le président, son conjoint ou une personne de son foyer fiscal. Cela garantit que la société est réellement contrôlée par un entrepreneur individuel, et non par des investisseurs institutionnels.
Une fois ces conditions remplies, l’option est valable pour cinq exercices comptables consécutifs. Elle est irrévocable pendant cette période, même si la société cesse d’en remplir certaines. Passé ce délai, la SASU revient automatiquement à l’impôt sur les sociétés.

Démarches pour opter à l’impôt sur le revenu
Le processus d’option à l’IR est strict et doit être mené dans les délais. Il commence par une décision formelle du président de la SASU, prise par délibération unilatérale. Cette décision doit être rédigée et datée, et mentionner expressément l’intention d’opter pour le régime de l’impôt sur le revenu.
Ensuite, il faut remplir et déposer la déclaration Cerfa n° 2069-A-SD auprès du centre des impôts des entreprises. Ce document officiel doit être envoyé par lettre recommandée avec accusé de réception, afin de conserver une preuve de dépôt. L’administration fiscale ne renvoie pas d’accusé de réception officiel, mais le recommandé fait foi en cas de contrôle.
Le dossier doit être accompagné de plusieurs pièces justificatives : copie des statuts de la SASU, attestation d’immatriculation au RCS, copie de la décision du président, et justificatif d’identité du dirigeant. Tous ces documents doivent être complets et à jour.
Il est crucial de respecter le délai de 30 jours suivant la création de la société ou le début du premier exercice comptable. Toute demande en dehors de ce délai sera rejetée, et l’entreprise restera définitivement soumise à l’IS.
Une fois l’option prise, elle est définitive pour cinq ans. Il n’est pas possible de la renouveler ni de revenir à l’IS avant l’expiration de la période. Cette irrévocabilité impose une réflexion approfondie avant de franchir le pas.
Avantages fiscaux de la SASU à l’impôt sur le revenu
Le principal avantage de ce régime réside dans la suppression de la double imposition. En IS, la société paie l’impôt sur ses bénéfices, puis le dirigeant est imposé sur son salaire ou ses dividendes. En IR, il n’y a qu’un seul niveau d’imposition, directement au niveau du foyer fiscal.
Cela peut représenter une économie significative, surtout si le dirigeant a un faible taux d’imposition.
Si ce dernier n’a pas d’autres revenus, il peut bénéficier d’un abattement forfaitaire ou d’un taux marginal nul. Par exemple, un bénéfice de 15 000 € peut être presque entièrement exonéré d’impôt, selon le quotient familial. Cela permet de préserver la trésorerie au démarrage, moment souvent critique pour la survie de l’entreprise.
Un autre atout majeur est la possibilité de reporter les déficits. Si la SASU réalise une perte, celle-ci peut être imputée sur les autres revenus du dirigeant, réduisant ainsi l’impôt dû sur l’ensemble du foyer fiscal. Ce mécanisme est particulièrement utile en cas de démarrage lent ou de dépenses initiales élevées.
Enfin, le dirigeant n’est pas contraint de se verser un salaire élevé. Il peut laisser des fonds dans la société sans être immédiatement imposé dessus, contrairement à l’IS où le bénéfice est taxé même s’il n’est pas distribué. Cela offre une certaine souplesse dans la gestion de la trésorerie.
Inconvénients et limites du régime de l’IR
Malgré ses avantages, le régime de l’IR comporte plusieurs inconvénients majeurs. Le plus important concerne les cotisations sociales. En SASU à l’IR, le dirigeant est assimilé à un travailleur non-salarié (TNS).
Il doit donc payer des cotisations sur la totalité du bénéfice, même s’il ne se verse aucun salaire.
Ces cotisations, gérées par l’URSSAF, représentent entre 35 % et 45 % du bénéfice, contre environ 22 % en salarial (avec prise en charge partielle par l’employeur). Cela peut fortement réduire la trésorerie disponible pour le réinvestissement ou la rémunération.
Un autre inconvénient est la finitude du dispositif. Après cinq exercices, la SASU revient automatiquement à l’IS. Si l’entreprise a bien performé, cette transition peut entraîner une forte augmentation de la charge fiscale, surtout si le bénéfice a augmenté.
Enfin, le régime de l’IR peut nuire à l’attractivité de la société pour les investisseurs. Ces derniers préfèrent généralement une structure soumise à l’IS, car ils peuvent bénéficier d’abattements sur les plus-values en cas de revente. Une SASU à l’IR peut donc freiner une levée de fonds ou une cession future.
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Question 1 : Quelle est la durée maximale de l’option à l’impôt sur le revenu ?
Comparaison entre IR et IS : quel régime choisir ?
Le choix entre impôt sur le revenu et impôt sur les sociétés dépend de plusieurs facteurs : la taille prévue de l’entreprise, les revenus personnels du dirigeant, les perspectives de croissance et les objectifs à long terme.
Opter pour l’IR est généralement pertinent dans les cas suivants : démarrage d’activité avec des bénéfices modérés, dirigeant sans autre revenu ou à faible imposition, projet de développement progressif sans levée de fonds immédiate. C’est un bon compromis entre protection juridique et souplesse fiscale.
À l’inverse, privilégier l’IS est plus avantageux quand l’entreprise anticipe des bénéfices élevés dès le départ, souhaite se financer par capitaux propres ou envisage une cession ou une levée de fonds. Le taux réduit d’IS sur les premiers bénéfices peut aussi être très intéressant si le dirigeant est déjà fortement imposé personnellement.
Beaucoup d’entrepreneurs choisissent donc un positionnement hybride : opter pour l’IR les premières années, puis basculer naturellement vers l’IS une fois l’activité bien installée. Cette stratégie permet de bénéficier des avantages des deux régimes à des moments clés du développement.

| Critère | SASU à l’IR | SASU à l’IS |
| Durée de validité | 5 exercices | Indéfinie |
| Imposition du bénéfice | Dans le foyer fiscal du dirigeant | Au niveau de la société |
| Cotisations sociales | Sur 100 % du bénéfice | Sur le salaire uniquement |
| Impact des pertes | Reportables sur le revenu global | Reportables en société |
| Attractivité pour les investisseurs | Faible | Élevée |
Impacts sur la déclaration fiscale du dirigeant
En SASU à l’IR, le dirigeant intègre le bénéfice de sa société dans sa déclaration d’impôt sur le revenu individuelle. Ce résultat est classé dans la catégorie des Bénéfices Industriels et Commerciaux (BIC) et déclaré via le formulaire 2031-BIC.
Le bénéfice imposable est calculé après déduction des charges professionnelles, comme en IS. Mais contrairement à ce dernier régime, il n’y a pas de distribution formelle de dividendes. Le dirigeant est libre de laisser les fonds en société ou de les retirer, sans incidence fiscale supplémentaire.
En revanche, les cotisations sociales sont dues sur l’intégralité du bénéfice, au taux applicable aux travailleurs non-salariés. Cela inclut la couverture maladie, maternité, retraite de base et complémentaire, ainsi que la CSG-CRDS. Ces prélèvements sont calculés sur le bénéfice, pas sur une rémunération versée.
Le dirigeant doit donc bien anticiper ce flux de trésorerie. Même si l’impôt est faible ou nul, les cotisations sociales peuvent représenter une charge importante, surtout si le bénéfice est élevé.
Obligations comptables et déclaratives de la SASU à l’IR
Contrairement à une idée reçue, la SASU à l’IR n’est pas allégée sur le plan comptable. Elle reste une société commerciale et doit donc tenir une comptabilité complète : livre journal, grand livre, balance, bilan et compte de résultat.
Les comptes annuels doivent être établis chaque année, approuvés par le président et déposés au greffe via Infogreffe. Cette obligation vaut même en absence de chiffre d’affaires.
Fiscalement, la société doit déposer le formulaire 2031-BIC avant le 2 mai de chaque année. Si le chiffre d’affaires est inférieur aux seuils du régime simplifié, elle peut utiliser la liasse fiscale simplifiée (2033-A-SD à G-SD). Au-delà, le régime réel normal s’applique, avec des obligations plus lourdes.
Toutes ces déclarations doivent être transmises par voie dématérialisée, soit directement sur impots.gouv.fr, soit via un logiciel EDI. Le non-respect de cette obligation peut entraîner des pénalités.
Cas concrets d’utilisation de la SASU à l’IR
Prenons l’exemple de Lucie, qui lance une activité de consulting en communication. Sa première année, elle dégage un bénéfice de 20 000 € et n’a pas d’autre revenu. En SASU à l’IR, son imposition est quasi nulle, car elle reste dans la tranche d’imposition à 0 %.
Les cotisations sociales représentent environ 7 000 €. En IS, elle aurait payé environ 3 000 € d’impôt sur les sociétés, plus l’impôt sur un salaire de même montant. Le régime IR est donc plus avantageux.
En revanche, pour Thomas, dirigeant d’une SASU de développement logiciel avec un bénéfice annuel de 100 000 €, le calcul change. En IR, il serait imposé à un taux marginal de 41 % sur une grande partie de son revenu, et les cotisations sociales seraient très élevées.
En IS, il paierait un impôt moindre sur les bénéfices, puis pourrait se verser des dividendes taxés à 30 %. Dans ce cas, l’IS est nettement plus performant.
Ces exemples montrent que le choix du régime fiscal doit être personnalisé. Il dépend autant de la situation financière que des objectifs stratégiques de l’entrepreneur.

Questions fréquentes
Peut-on opter pour l’IR après la création de la SASU ?
Non. L’option doit être exercée dans les 30 jours suivant la création ou le début du premier exercice. Passé ce délai, la société reste définitivement soumise à l’IS.
Peut-on renouveler l’option après 5 ans ?
Non. Le dispositif n’est pas renouvelable. La SASU revient automatiquement à l’impôt sur les sociétés après la période de cinq exercices.
Le dirigeant peut-il se verser un salaire en SASU à l’IR ?
Oui, mais cela n’a pas d’incidence fiscale directe. L’impôt est calculé sur le bénéfice, pas sur la rémunération. En revanche, le salaire ouvre des droits à la protection sociale.
Les dividendes existent-ils en SASU à l’IR ?
Non. En régime de transparence fiscale, il n’y a pas de distribution de dividendes. Le bénéfice est intégré directement au revenu du dirigeant.
Comment sont traitées les plus-values à la cession ?
La cession d’une SASU à l’IR est imposée comme une plus-value mobilière. Le dirigeant peut bénéficier de l’abattement pour durée de détention, mais les conditions sont moins favorables qu’en IS pour les investisseurs.
La SASU à l’IR peut-elle devenir une SAS classique ?
Oui. Le passage d’une SASU à une SAS ne change pas le régime fiscal. L’option à l’IR reste valable jusqu’à son terme, quel que soit le nombre d’actionnaires.
Quelles conséquences si la SASU dépasse les seuils pendant l’option ?
Aucune. Une fois l’option prise, elle est maintenue pendant cinq exercices, même si la société dépasse les seuils d’effectif ou de chiffre d’affaires.
Le conjoint peut-il être associé sans perdre l’option ?
Oui, à condition que les droits de vote restent majoritairement détenus par des personnes physiques et que le président ou son conjoint détienne au moins 34 % des droits.